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Marie Laure Viébel, sculptrice française amoureuse du coco de mer des Seychelles

Paris | May 18, 2014, Sunday @ 08:33 in En français » ARTS & CULTURE | By: Lucia Ciunfrini et Riccardo Roccardi | Views: 5356
Marie Laure Viébel, sculptrice française amoureuse du coco de mer des Seychelles

(Riccardo Roccardi, Jollypress International

Photo license  

(Seychelles News Agency) - Marie-Laure Le Guay de Villepin, sculptrice sous le nom de Marie-Laure Viébel, est née en 1962.
Ella a vecu aux Etats Unis et en Inde. Depuis 2006 elle sculpte sur le theme 'Graine de vie" en bronze et le verre Murani. Elle est mariée avec avec l'ancien Premier Ministre français, Dominique de Villepin. Il se sont séparé début 2011.

 

En s’appropriant la plus grosse graine du monde, le coco de mer, l’artiste parisienne Marie Laure Viébel tisse un imaginaire qui parle de symboles, de voyages, de rencontres. Un dialogue inattendu entre l’homme et la nature.

Lorsque les premiers navigateurs occidentaux voguent sur l’océan indien, ils découvrent d’énormes graines doubles flottant sur la mer. De telles noix avaient déjà été ramassées sur les côtes Indiennes, du Sri Lanka, d’Indonésie, d’Afrique du Sud, mais surtout des Maldives. S’agissait-il de fruits venus d’arbres géants poussant au fond de l’océan, comme le racontait la légende ? Curieusement, ces graines aux deux parties bombées rappellent de manière coquine d’un coté le triangle pubien, de l’autre, les fessiers féminins et l’entrejambe masculin: c’est le fameux «coco de mer», également appelé vulgairement «coco fesse» ou «coco de Salomon» ou encore «coco des Maldives».

 
Le Coco de Mer (Gerard Larose, Seychelles Tourism Board) Photo license: CC-BY-NC

En 1572, le poète national portugais Camoes consacre un vers de ses célèbres «Lusiades» au «coco de mer», tandis que son compatriote le navigateur Magellan rapporte dans son journal en avoir aperçu. L’origine de la noix reste encore un secret. C’est en prenant possession de l’archipel des Seychelles en 1768, qu’une expédition française identifie enfin leur patrie exclusive. L’ile de Praslin y abrite la plus grande réserve de ces palmiers à «coco de mer», la fameuse «Forêt de Mai». Vestige des temps préhistoriques,berceau de l’humanité, ce trésor végétal, d’à peine 20 hectares a été classé au patrimoine historique par l’Unesco en 1983.

Certains arbres, pouvant atteindre jusqu’à 30m de haut, auraient de 200 à 300 ans. Rare et chargé de mystère, le «coco de mer» devient objet de collection, alimentant les «cabinets de curiosité» de toute l’Europe, dés le XVIe siècle. Il voyage jusqu’en Asie porté par les courants marins. Associé au Divin, on lui attribue un rôle sacré: dans l’Indouisme, il se transforme en boite précieuse ou en «bol d’aumône» des «moines mendiants» comme dans le Soufisme (dérivé mystique de l’islam) sous le nom de «keshkul.»

Keshkul (Riccardo Roccardi, Jollypress InternationalPhoto license: Attribution-NonCommercial)

Par sa symbolique de fécondité, de fertilité, le coco transformé en récipient confère un pouvoir magique à tout ce qu’il contient. La chair de cette noix posséderait des vertus médicinales contre de nombreuses maladies ou infections, mais surtout on lui attribue d’extraordinaires vertus aphrodisiaques …

Marie Laure Viébel tombe à son tour, il y a quelques années, sous le charme de ses formes sensuelles qui vont l’inspirer. Prodige de la nature, cette graine est double à plusieurs titres. Constituée de deux lobes (comme pour le cerveau ou les poumons), elle associe l’humain et le végétal, le féminin et le masculin, rappelant également le yin-yang chinois, la nuit s’opposant au jour, le froid au chaud, la mort à la vie.

Viébel dans son atelier, Paris, France (Riccardo Roccardi, Jollypress InternationalPhoto license: Attribution-NonCommercial)

Elle se lance le défi de jeter de la lumière sur ces graines au bois terne et mat en les dorant. Dans un premier temps, elle les façonne, les transforme, arrondit les courbes. Puis, elle façonne de nouvelles matières, rugueuses ou lisses, elle grave des écailles de serpent, des plumes d’oiseaux, des nuages, des poils de chat ; elle invente des arabesques, des tourbillons, des labyrinthes, racontant des histoires, réinventant, rebaptisant ainsi chaque graine.Chacune d’entre elle revêt alors une dimension artistique pour devenir création unique.

L'art de Marie-Laure Viébel (Riccardo Roccardi, Jollypress InternationalPhoto license: Attribution-NonCommercial)

Le général britannique Charles Gordon incita les Britanniques en 1881 à préserver la forêt alors menacée de disparition: il osa la comparaison de cette forêt cathédrale avec le «jardin d’Eden», le paradis d’Adam et Eve. Le palmier devient «l’arbre de la connaissance», et «le fruit de la tentation» n’est plus la pomme, mais le coco de mer! Viébel s’est inspirée de cette histoire et a crée la «graine serpent», graine de la tentation. Une bouche sur une graine de vie? Clin d’oeil à l’écrivain et encyclopédiste français Denis Diderot qui écrit en 1748 «Les bijoux indiscrets».

Dans ce conte, un sultan africain a recours à un anneau d’argent aux vertus bien particulières: lorsqu’il le frotte, le sexe de femmes se met à parler. La bouche parle mais la bouche entend … Dans sa version en bronze, Viébel entrouvre les lèvres qui deviennent boite à messages, s’inspirant des deux boites bouches légendaires italiennes: la «bouche de la vérité» à Rome, (une fois la main glissée dans sa bouche, elle possède la vertu de dire si une femme ment ou pas) «la bouche de la délation» au Palais des Doges à Venise (qui accueille les dénonciations anonymes au bénéfice de l’Etat) Ces deux bouches sont des bouches d’homme. La «Graine bouche» de Viébel est féminine, mais elle en a fait une «boite à pardon».

Les objets d'art de Marie-Laure Viébel (Riccardo Roccardi, Jollypress InternationalPhoto license: Attribution-NonCommercial)

Tout un symbole… L’or, métal parfait, «chair des Dieux», «larmes du soleil», est aussi symbole d’immortalité. En le recouvrant de feuilles d’or, Viébel illumine le «coco de mer», ce qui le fait entrer dans le domaine du sacré, à l’image des icones orthodoxes, des sarcophages égyptiens, des bouddhas.

Le «coco de mer» devient «graine de vie». Cette lumière repousse et transcende les frontières, celles de l’art et de la nature et rend la graine universelle. Viébel se tourne vers d’autres matières: le bronze, dont les patines variées évoquent la peau et la douceur des femmes créoles. Elle poursuit son aventure artistique vers le verre dans le secret des ateliers séculaires de Murano (Venise). Là, un Maitre verrier, Gianni Seguso, réalise avec elle des pièces sorties des fours en exemplaire unique. Magie et mystère de la lumière jouant sur les transparences, les gammes colorées et les gravés.

Le coco d mer en or, Marie-Laure Viébel (Riccardo Roccardi, Jollypress InternationalPhoto license: Attribution-NonCommercial)

Viébel métamorphose ses graines de bronze en leur donnant de nouvelles dimensions: certaines atteignent plus de deux mètres de haut pour peser jusqu’à 800 kg. Ainsi, elles peuvent retourner à la nature dans des jardins fleuris, bercées par le souffle du vent, caressées par les pluies, sur d’autres continents et sous d’autres latitudes. La graine par où tout commence se répète et perpétue le cycle de la vie.

Marie Laure Viébel a exposé en 2010 à Aix en Provence, en 2011 à Strasbourg et à Venise, en marge de la Biennale. Elle exposera prochainement en Chine ainsi qu’ en Afrique du Sud.

 Vous pouvez vous renseingnez plus sur ses oeuvres ici http://www.mlviebel.com/

 

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Tags: coco de mer, Marie Laure Viébel

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