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Irak: des raids meurtriers américains contre une faction pro-Iran suscitent l'indignation

Irak | December 30, 2019, Monday @ 16:28 in En français » MONDE | By: AFP | Views: 508
Irak: des raids meurtriers américains contre une faction pro-Iran suscitent l'indignation

Ces frappes, qui ont relancé la campagne contre la présence américaine dans le pays, font passer au second plan la révolte inédite THOMAS COEX / AFP

 

(AFP) - Au moins 25 combattants irakiens ont été tués à la frontière irako-syrienne dans des raids de représailles américains contre une faction pro-Iran qui suscitent lundi l'indignation en Irak.

Ces frappes, qui ont relancé la campagne contre la présence américaine dans le pays, font passer au second plan la révolte inédite, parce spontanée, contre la classe politique et son parrain iranien.

Face à la multiplication des attaques visant leurs intérêts en Irak --non revendiquées mais qui sont pour Washington le fait des factions pro-Iran-- les Etats-Unis avaient récemment promis une réponse "ferme".

Elle est intervenue dimanche soir, quand des avions américains ont frappé des bases des brigades du Hezbollah, une faction pro-Iran du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires formée pour lutter contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) et désormais intégrée aux forces irakiennes. 

Ces raids près d'al-Qaïm, localité irakienne frontalière de la Syrie, où les brigades du Hezbollah combattent aux côtés du régime de Bachar al-Assad, ont fait "25 morts et 51 blessés --des combattants et des commandants-- et le bilan pourrait encore grimper", indique lundi le Hachd.

Pour Téhéran --grand ennemi de Washington mais, comme lui, allié de l'Irak--, ces frappes montrent le "soutien au terrorisme" des Etats-Unis. 

Le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah --distinct des brigades du Hezbollah visées--, a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté" de l'Irak, rappelant le rôle du Hachd dans la lutte contre l'EI.

 

- "Dégager l'ennemi américain" -

 

Le chef du Pentagone Mark Esper a, lui, parlé de "succès" et dit avoir discuté avec le président américain Donald Trump "des autres options sur la table", tandis que Bahreïn, allié des Américains dans le Golfe, a salué ces frappes.

Une série d'attaques a visé ces deux derniers mois des intérêts américains en Irak, pays en pleine révolte contre le pouvoir et son parrain iranien, et où Washington a perdu de son influence.

Pour plusieurs d'entre elles, des sources américaines avaient pointé du doigt les brigades du Hezbollah, estimant que les pro-Iran sont désormais une menace plus importante que les cellules clandestines de l'EI.

Une "menace", c'est aussi comme cela qu'une part de la classe politique irakienne décrit désormais la présence de 5.200 soldats américains sur son sol. La campagne, récurrente en Irak, pour bouter les Etats-Unis du pays, est repartie de plus belle après l'attaque américaine.

Le porte-parole militaire du Premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi a dénoncé "une violation de la souveraineté irakienne", tandis que les brigades du Hezbollah ont appelé à "dégager l'ennemi américain".

Une autre faction pro-Iran, Assaïb Ahl al-Haq a estimé que la présence militaire américaine est devenue "une source de menace". "Il est désormais impératif de tout faire pour les expulser par tous les moyens légitimes", indique-t-elle.

Plusieurs députés ont déjà appelé à dénoncer l'accord irako-américain qui autorise la présence de troupes américaines dans le pays et même les partis d'opposition, qui passent pour proches des Américains, ont dénoncé les frappes américaines.

Les attaques contre des intérêts américains ou des bases des pro-Iran font aussi redouter ce contre quoi les dirigeants irakiens mettent en garde depuis des mois: que leurs deux alliés américain et iranien utilisent leur sol comme un champ de bataille.

Et l'escalade est nette: depuis le 28 octobre, onze attaques à la roquette ont visé des bases où sont postées des soldats ou des diplomates américains.

Les dix premières ont fait un mort et des blessés parmi les militaires irakiens mais la dernière a marqué un tournant, avec la mort vendredi soir d'un sous-traitant américain et les tirs coordonnés de 36 roquettes.

 

- Révolte contre Bagdad et Téhéran -

 

Cette attaque est survenue alors qu'une grande partie de l'Irak est le théâtre d'une révolte depuis début octobre, les manifestants appelant à mettre à bas un système politique installé par les Américains dans la foulée de leur invasion en 2003 et désormais noyauté par les Iraniens.

Ce mouvement marqué par près de 460 morts et 25.000 blessés a entraîné une crise politique, dans laquelle l'Iran joue un rôle central.

Depuis la démission du gouvernement irakien il y a un mois, Téhéran et ses alliés en Irak poussent pour placer un de leurs hommes au poste de Premier ministre. En face, le président Barham Saleh menace de démissionner à son tour. 

Les manifestants restent mobilisés à Bagdad et paralysent toujours administrations et écoles dans la quasi-totalité des villes du Sud.

Samedi et dimanche, ils ont interrompu pour la première fois la production d'un champ de pétrole du Sud. Elle a toutefois repris lundi, selon des cadres du secteur pétrolier.

bur-sbh/vl

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